On peut avoir honte de dévoiler quelque chose de son intimité ( son corps, ses opinions secrêtes, ses sentiments profonds), mais aussi d’être vu en mauvaise posture. Dans l’ensemble, il s’agit de toutes ces situations où la carapace que l’on s’est construite présente quelques failles qui laissent ressortir ce que l’on s’évertue à contrôler, à taire, à enfouir en soi. De la glissade sur une déjection canine au lapsus maladroit et hop, sans prévenir, voilà que du pur spontané, du non-traité par les codes sociaux ou culturels ressurgit et nous fait piquer un fard.
La honte se définit toujours par rapport à des codes habituels, une pensée communément admise, une morale faisant l’unanimité, une attitude à mettre en avant...bref à tout ce qui peut attirer l’attention et être l’objet d’un jugement.
Ca y est, nous tenons le véritable enjeu : ce sont les autres, le regard qu’ils portent sur nous, celui-là même qui dépend dans une grande mesure de l’image qu’on veut leur renvoyer de nous-mêmes. Cependant, le sentiment de honte est cruel puisqu’il érige à l’état de catastrophe naturelle le tout petit écart insignifiant, un postillon, un lapsus, un rôt, un pêt, qui surgit au milieu d’un océan de comportements irréprochables, même carrément ultra-géniaux pour la plupart !
C’est le minuscule point noir, le tout petit nuage à peine discernable qui se mue en véritable idée fixe.
Tiens, en réalité, est-ce bien le regard de l’autre qui est implaquable ou bien seulement nos propres inquiétudes que nous projetons sur autrui par crainte qu’ils ne nous excluent ? Comme si les autres n’allaient retenir et rejeter de nous que ce qui dénote, ce qui nous différencie des autres, mais aussi ce qui fait notre différence et notre richesse. Après tout, que l’on soit gaffeur, maladroit, que l’on appartienne à une minorité, c’est aussi ce qui fait notre singularité. Ouf, nous ne vivons pas dans un monde de clones.
Ne serait-il pas temps de commencer à nous montrer plus indulgents avec nous-mêmes, à accepter nos propres différences et à en considérer certaines comme des atouts potentiels plutôt que des travers à combattre. A coup sûr, ce détachement mais aussi cette assurance mène sur la voie de la confiance en soi et se répercute sur l’intérêt que nous témoignent les autres.
De la même façon qu’un visage n’est pas réductible à un malheureux bouton d’acné, personne ne se résume à un dérapage. Avant que cela ne devienne une évidence pour les autres, il faut vraiment commencer par en être soi-même convaincu.
Et puis zut, espérons que nous ne serons jamais des machines, que nous ne parviendrons jamais à tout contrôler et que nous saupoudrerons toujours notre vie de petites manifestations de fantaisies, qui reconnaissons-le, font le charme de l’espèce humaine...-